On
se la caressait jadis avec doigté
On
se l’astiquait bien jusqu’aux extrémités
On
savait la couvrir des honneurs qu’elle mérite
On
n’était pas un homme quand on l’avait petite.
Occupé
hier matin à quelque affaire privée
Sous
la douche m’est parue cette sombre vérité :
A
l’heure où l’on enterre le tout dernier Poilu
La
belle et grande époque de la moustache n’est plus !
Bon
sang par quel prodige faut-il que l’attribut
Qui
fit la renommée des plus grands disparus
De
ce côté du Rhin soit tombé en disgrâce
Et
se soit éclipsé d’à peu près toutes les faces ?
L’ont-ils
tellement souillée, les Balzac, les Flaubert,
Zappa,
Jimmy Hendrix, Charlot, les Frères Lumière
Pour
qu’à moins d’être flic, ventriloque ou chasseur
On
se garde à tout prix d’être leurs successeurs ?
Ils
s’appelaient Einstein, Dali, Nietzsche et consors
Les
chevaliers de l’ordre de la toison d’or
Hulk
Hogan et Borat, voilà ce qu’il nous reste
Même
Cabrel et Jugnot ont retourné leur veste.
À
en croire les récits de ces temps révolus
Rien
ne vaut pourtant un homme à la lèvre velue.
L’on
raconte que ces dames n’ont plus le goût du vice
Depuis
que ces messieurs ont le baiser trop lisse.
Et
si l’ami Brassens, fourni comme personne,
Au
moins cinq fois sur cent faisait chanter Bobonne,
Malgré
nos pilules bleues, nos prothèses, nos joysticks
On
est loin d’égaler de pareilles statistiques !
Aussi
aux imbéciles qui se moquent et qui pouffent
Je
dis qu’ils feraient mieux de respecter la touffe.
Et
s’ils en avaient une au moins, pauvres blancs-becs,
On
pourrait s’en servir pour leur nouer le bec !
D’ailleurs
ne seraient-il pas un peu plus sympathiques
Les
agités d’en haut, gardiens de la République,
Si,
comme en d’autres temps, les âneries qu’ils profèrent
Étaient
passées au filtre d’une épaisse barrière ?
Ref